Quel aspect vous a frappé en lisant les scénarios de Baron Noir ?

Ziad Doueiri: Ces textes ont suscité en moi une prise de conscience. Je m’apprêtais à rentrer chez moi à Beyrouth réaliser mon deuxième film, après L’Attentat (2013). Je n’avais jamais discerné de problème avec le monde politique en France, qui est à mes yeux un pays solide, pacifique, avec une structure sociale forte. Quand je pense à la société française, je vois une société qui a fait des pas en avant énormes, qui fonctionne, contrairement à celle du Liban d’où je viens. Mais à la lecture des scripts, j’ai compris qu’une série politique était nécessaire. Les États-Unis, où j’ai vécu dix-neuf ans, questionnent leur système en permanence. Pourquoi pas la France ?

Quelle a été votre approche dans la réalisation ?

La somme importante de dialogues à filmer pouvait faire peur. Alors je me suis demandé comment retranscrire parfois jusqu’à quatre pages de discussions en évitant la monotonie. Il fallait trouver l’astuce pour rendre tout cela cinématographique.

J’ai choisi de privilégier une caméra en mouvement pour fluidifier les dialogues, et des décors évitant les clichés, notamment pour les scènes tournées dans les institutions politiques à Paris. J’ai voulu faire bouger la caméra et rester proche des acteurs, comme si nous étions à l’intérieur de la tête des personnages. Au lieu qu’une scène se passe entièrement à l’Élysée ou à l’Assemblée, l’action commence dans un bureau, elle se poursuit sur les trottoirs et s’achève dans une voiture… Le mot d’ordre a été "énergie".

 

Comment avez-vous travaillé avec les comédiens ?

Quand on m’a parlé de Kad Merad, Anna Mouglalis et Niels Arestrup, je ne les connaissais pas ou très mal. J’ai appris à les connaître et à les aimer. Après avoir discuté de leurs rôles, je leur ai fait confiance sur le plateau. Non seulement ils sont très différents, ce qui apporte une richesse à la série, mais ils ont aussi réussi à saisir ce qui me semble le plus important dans leurs personnages : l’ambiguïté. Cette façon de manipuler un interlocuteur et de lui dire la vérité presque en même temps…

« Les États-Unis […] questionnent leur système en permanence. Pourquoi pas la France ? »

Qu’est-ce qui vous touche le plus dans Baron Noir ?

La dimension humaine. Les personnages sont capables de choses douteuses, mais on s’attache à eux malgré tout. On aime les moments où ils doivent prendre des décisions qui ne sont pas morales, sans être immorales non plus. Je dirais qu’elles sont amorales… Le scénario appuie sur cette ambiguïté constante entre le bien et le mal. Cette lutte est très forte et nous ne sommes jamais dans le politiquement correct.

 

« Le scénario appuie sur cette ambiguïté constante entre le bien et le mal »

Faire une série, c’est travailler en équipe. Quelle a été votre relation avec Éric Benzekri et Jean-Baptiste Delafon, les scénaristes et créateurs ?

Tout comme le producteur et la chaîne, ils m’ont choisi et ont respecté mes choix artistiques. Tout a été fusionnel. J’ai même demandé aux scénaristes d’être présents sur le tournage car j’avais besoin qu’ils jouent le rôle de consultants. Je voulais savoir comment se passent vraiment les choses dans les coulisses de la politique : la préparation des votes à l’Assemblée nationale, le conseil des ministres à l’Élysée, la manière dont les politiques s’habillent, comment ils mangent… Grace à cette cohérence dans le respect des détails, la série a vraiment gagné en intensité.